Les Poussins, en collaboration avec notre psychologue du lieu d’accueil enfants
parents « la maison des poussins », vous présentent cette nouvelle rubrique
proposant des pistes de réflexions et des idées autour de la psychologie de
l’enfant et de son développement :


Ecrans et solitude chez l’enfant en périodes de confinements
Janvier 2021 _ vie de parents n°1


En périodes de confinements, de télétravail, périodes limitant les activités et échanges à
l’extérieur de la maison, la tentation est souvent plus grande de laisser les enfants, même les
plus jeunes derrière des écrans afin de nous dégager du temps, de souffler un peu. Par
ailleurs, nous leurs demandons souvent d’être en autonomie le plus longtemps possible, bref
de nous déranger le moins possible !
Or, depuis le confinement de mars, certains professionnels de l’enfance (crèches, écoles,
psychologues …) observent un nombre croissant d’enfants entre 2 et 4 ans présentant des
difficultés communes : difficultés à accepter la frustration, à s’intéresser aux autres enfants
et aux activités proposées, à s’intéresser à autre choses que leurs envies du moment. Ils
montrent souvent des signes d’agitation motrice et ont du mal à se concentrer, ne serait-ce
que quelques minutes.
Ces enfants s’apaisent en général lorsqu’ils se retrouvent en individuel auprès d’un adulte et
sont souvent demandeur d’exclusivité auprès de cet adulte.
Les points communs constatés dans la vie de ces enfants depuis le confinement de mars :
beaucoup plus d’écrans, moins d’interaction sociale de façon majeure.
Restons donc attentifs quant à la durée, à la fréquence et à la qualité de ces périodes
d’écrans et d’autonomie qui tendent à s’allonger depuis mars dernier, allant jusqu’à
dépasser 3h…4h par jour concernant les écrans par exemple pour un enfant de 2 ans ou de
4 ans.
Je voudrais de ce fait rappeler certains besoins nécessaires au développement harmonieux
d’un enfant :
Un enfant a besoin de références et de repères fiables et stables toute au long de son
enfance sur lesquels s’appuyer pour comprendre le monde, s’y inscrire et se sécuriser .Il se
développe en références aux situations qu’il vit, ce qu’il en comprend et en « imitations identifications » aux personnes qui l’entourent.
L’enfant a aussi besoin pour comprendre son univers, de le vivre « en vrai » avec son corps,
ses actions , ses pensées, c’est à dire de l’expérimenter « pour de vrai ». Ainsi, c’est à partir
de son vécu, qu’ il va pouvoir connaître son univers mais aussi se connaître et développer sa
personnalité.
De plus, jusqu’ à au moins l’âge de 7 ans, l’enfant n’a pas encore toujours une conscience
claire de la différence entre le réel et ce qui est le fruit de l’imaginaire, le sien ou celui des
autres .Plus il est jeune, plus la distinction est flou .
D’où l’intérêt d’adultes repères pour le guider.
Donc, passer régulièrement de nombreuses heures devant un écrans , des dessins animés
par exemple, le prive de son besoin d’expérimenter le monde en « vrai », et risque aussi de
le perturber dans sa compréhension du réel et de l’imaginaire. Certaines confusions mentales
peuvent s’installer, le mettre en porte à faux vis à vis de sa vie quotidienne, des autres
enfants et des attentes des adultes.
Il n’aura pas forcément l’idée ou la maitrise du langage pour vous en parler et obtenir vos
explications.
Il risque de construire sa compréhension du monde à partir de ce qu’il voit sur un écran plus
qu’à partir du réel, de penser que c’est une bonne idée puisqu’il le voit à la télévision et de
s’identifier aux personnages, aux animaux qu’il voit. Il va aller chercher ce dont il a besoin en
références et en modèles identificatoires dans ce qu’il trouve autour de lui !
Certains enfants par exemple, ne savent plus (ou pas) entrer en contact avec les autres
qu’en faisant certains gestes vu dans un film, au lieu de parler. D’autres ne savent jouer qu’à
reproduire leur dessin animé…,
ils pensent qu’un chien qui conduit un avion est possible, tout comme grimper sur une
voiture .La fourmi géante de 80 cm de long vu sur grand écran existe pour de vrai, les
terrorisent au point de leur créer des cauchemars.
Attention en ce sens aux télévisions allumées en toile de fond toute ou partie de la journée
ou de la soirée, car même si l’enfant ne semble pas y prêter attention, il en saisit au moins
des images, des paroles…et une habitude !
D’autre part, lorsque ces périodes d’écrans sont couplées régulièrement avec de
nombreuses heures de jeu en solitaire, l’enfant se retrouve encore plus coupé
d’interactions humaines structurantes et humanisantes.
En effet, rappelons que la relation avec un être humain « autre » que soi- même est ce qui
rend l’enfant humain et sociable.
En présence d’un « autre », il va découvrir le plaisir de la relation, l’existence d’autres idées
que les siennes, s’en enrichir. Il va pouvoir regarder, écouter, toucher, imiter, partager des
émotions, de la complicité, découvrir le plaisir aussi d’être apprécié et…faire l’expérience de
l’opposition, de la différence, de la frustration !: « il n’y a pas que moi qui compte, qui existe
,on ne me laisse pas tout faire.. mais j’ai tant à y gagner ! ».
Ainsi, l’enfant peut plus facilement quitter une position égocentrique, découvrir l’empathie
et trouver sa place dans la relation, puis dans un groupe.
L’adulte en ce sens lui sert de guide et lui permet d’aller plus loin.
Des dessins animés ou de longs moments de solitude peuvent- ils apporter tout ceci ?
L’idée est de trouver un juste milieu.
Car ll est bien entendu aussi important pour l’enfant d’apprendre à jouer seul, à exister seul,
ce qui fait naître en lui la « conscience de soi » et la « confiance en soi », en ses propres
pensées, en ses propres actions, initiatives et lui ouvre ainsi le chemin de l’autonomie.
Bien entendu, il a le droit de regarder un dessin animé adapté à son âge ! Tout est une
question de qualité et de quantité.
A nous, adultes de veiller à trouver un équilibre entre le « ni trop, ni trop peu » pour
garantir sa santé mentale.
Sans s’alarmer, restons juste attentifs !